Le venin d'araignée

Un nouveau traitement à base de venin de mygale pour être efficace contre la douleur.


Le venin de mygale pourrait être un puissant analgésique selon les résultats d’une étude présentée lors du 60ème congrès annuel de la société de biophysique, qui s’est tenu à Los Angeles du 27 février au 2 mars 2016 et publiée dans la revue PainNewsNetwork. La toxine ProTx-II de la mygale Thrixopelma pruriens, qui vit au Pérou, pourrait agir sur certains récepteurs du cerveau et permettre ainsi d’inhiber la douleur.

Les chercheurs de l’université de Queensland (Australie) ont étudié le venin de plus de 200 espèces d’araignées. Ils ont constaté que 40% des venins contiennent au moins un composé qui les lie aux canaux récepteurs de la douleur et bloquent l’activité du nerf.

Morsure d’araignée

Chez l’homme, une morsure d’araignée (appelée abusivement piqûre d’araignée) est un accident rare réalisant une blessure susceptible de devenir un accident d’envenimation selon l’espèce en cause. Peu d’espèces d’araignées mordent l’homme et leur venin est rarement dangereux. Ainsi, environ 98% des morsures infligées par ces espèces sont inoffensives. Les araignées considérées comme dangereuses possèdent un venin potentiellement toxique pour les humains. Ce venin est destiné à paralyser et tuer de petites proies (effets neurotoxiques) mais aussi à pré-digérer (lyse des cellules par des enzymes digestives) les organes internes de la proie, d’où l’apparition de phénomène nécrotiques après certaines morsures.

L’aranéisme, l’état médical induit par une morsure d’araignée, est souvent difficile à diagnostiquer quand l’animal n’a pas été vu en train de mordre. On parle de latrodectisme pour décrire le syndrome induit par la morsure d’araignées du genre latrodectus et d’atraxisme par le genre Atrax. Ce sont des aranéismes neurotoxiques. On appelle loxoscelisme le syndrome induit par le genre loxoscele. C’est un aranéisme nécrosant. En principe, on utilise le terme d’arachnidisme pour désigner les envenimations dues aux arachnides (araignées, scorpions, acariens).Aucune preuve scientifique n’appuie l’hypothèse qu’une araignée puisse transmettre des maladies infectieuses mais il est en revanche certain que les araignées jouent un rôle écologique essentiel en consommant des insectes qui en transmettent.De façon générale, la fréquence et la gravité des morsures d’araignée sont le plus souvent surestimées.

 

 

Espèces dangereuses pour l’homme

 


Toutes les araignées sont essentiellement carnivores (à l’exception de l’araignée Bagherra kiplingi), prédateurs actifs d’animaux vivants (arthropodes, insectes, petits crustacés) dont la taille est voisine de la leur, y compris d’autres araignées. Les techniques de capture sont très variées, combinant la morsure venimeuse à l’utilisation de la soie pour paralyser et tuer leur proie avant de les consommer.

Elles mordent également pour se défendre contre une menace. La morsure est un mécanisme de défense naturel. La plupart des araignées ne mordent pas les animaux plus grands qu’elles, préférant fuir ou simuler la mort. D’autres ont un comportement plutôt agressif, par exemple si elles se retrouvent prisonnières entre la peau et un vêtement (col de chemise, bas de pantalon…). Seule une petite minorité d’espèces d’araignée possèdent une chélicère assez forte pour pénétrer la peau humaine. Les espèces véritablement dangereuses pour l’homme ne dépassent pas une dizaine sur les 40 000 espèces connues. Ces espèces dangereuses se répartissent sur 3 à 4 genres: Latrodectus, Loxosceles, Atrax et Trechona.

En Europe, très peu d’espèces peuvent donc mordre l’homme et aucune de celles présentes dans les habitations, à l’exception de Lexosceles rufescens ou araignée-violon, ne peuvent le faire.

 

 

Latrodectus

 

 

Le terme usuel «veuve noire» peut désigner plusieurs espèces d’araignées du genre Latrodectus. En Europe, se trouve la malmignatte ou veuve noire d’Europe ou méditerranéenne (Latrodectus Tredecimguttatus ) visible notamment dans le sud de la France et en Corse. D’autres espèces sont répandues dans la plupart des régions tropicales et tempérées du globe, comme la veuve noire d’Amérique du Nord (Latrodectus Mactans). La morsure des veuves noires peut donner un syndrome essentiellement neurologique: le latrodectisme chez l’homme et les autres mammifères.

 

 

Loxosceles

 

 

Les accidents les plus graves sont dus aux deux espèces américaines: L. Reclusa (Amérique du Nord et centrale) et L. Laeta (Amérique centrale et du sud). L. Rufescens se trouve autour de la Méditerranée, et aux États-Unis (probablement importée). Le Loxoscelisme (forme nécrosante et forme viscérale) due à la morsure du genre Loxosceles est un accident très rare en Europe mais relativement fréquent aux Amériques. Ces araignées fréquentent volontiers l’intérieur des maisons (recoins, coins sombres, placards et dépendances).

 

 

Atrax

 

 

Les mygales (mygalomorphæ) sont aussi capables de mordre l’homme mais une seule espèce a un venin mortel, Atrax Robostus qui vit en Australie (rayon de 200 km autour de Sydney) et dont l’envenimation s’appelle atraxisme. D’autres espèces du genre Atrax peuvent causer un atraxisme plus ou moins sévère: A. formidabilis, A. versutus, A. infensus. On en rapproche le genre Trechona (Amérique du Sud) qui peut donner un tableau analogue.

Les autres mygalomorphes, même de grandes tailles, ne semblent pas dangereuses (morsure douloureuse mais sans conséquence grave). Pour se défendre, elles utilisent plutôt les poils de leur abdomen (soies urticantes) qu’elles projettent en se frottant avec leurs pattes arrières vers l’agresseur. L’idée d’une dangerosité liée aux mygales les plus grandes, les plus sombres et les plus velues relève d’une crainte imaginaire mais qui reste bien ancrée dans la mémoire collective, comme on peut le voir au cinéma.

Les accidents mortels liés à Atrax robustus sont le fait des mâles de petite taille (corps de 2,5 à 4 cm, sans les pattes) qui deviennent agressifs en été lors de la période de reproduction. Ils se déplacent sur de longues distances pour trouver une partenaire et entrer dans les habitations (banlieue de Sydney) où ils se cachent dans les placards (vêtements, chaussures). Dérangé, l’animal a un réflexe immédiat de morsure. Le mâle peut en être victime à son tour car la femelle, plus grande que lui, peut le tuer lors de l’accouplement.

 

 

Autres genres

 


Les accidents liés à d’autres espèces sont beaucoup plus rares. Soit parce qu’elles sont moins venimeuses pour l’homme, soit parce que l’homme a peu d’occasion de les déranger du fait de leurs habitats. Le plus souvent, la morsure peut être douloureuse mais pas dangereuse.

Certaines espèces sont redoutées probablement à cause de leur comportement (araignées sauteuses, araignées ressemblant à des fourmis ou des crabes, toutes ayant la particularité de s’attaquer à des proies plus grosses qu’elles) mais sans que l’on sache exactement si cette crainte est justifiée ou pas. C’est le cas des Salticidae (comme Phidipppus aux États-Unis et Mopsus en Australie) ou des Thomisidae (araignées-crabes) comme Phrynarachne, les morsures de phrynarachne rugosa, appelée localement foka, seraient mortelles à Madagascar.

Des morsures d’espèces exotiques, importées involontairement par le transport de marchandises, ont aussi été signalées: Cheiracanthium, le Babouk, la Veuve-noir et Steatoda aykulliana, notamment des araignées-bananes.

En occupant sans cesse de nouveaux milieux par l’urbanisation, l’homme va à la rencontre de nouvelles espèces d’araignées qui s’adaptent aux changements. Par exemple, le froid de l’hiver, barrière d’activité pour les araignées, n’est plus un obstacle dans les maisons chauffées. La diversité des araignées est un modèle d’adaptation structurale, comportementale et d’écologie évolutive y compris de leur fonction venimeuse.

Venins d’araignées


Le venin des araignées est produit et accumulé dans des glandes placées en totalité ou en partie dans les chélicères. Ces glandes possèdent une musculature propre qui expulse le venin. L’araignée peut «régler» la quantité de venin à injecter à sa proie. Ces venins sont le plus souvent peu actifs sur l’homme. Ils sont difficiles à extraire, car les quantités obtenues par individu sont très faibles. Ils sont mieux connus grâce au développement de la microchimie (chimie analytique microscopique).

La recherche a porté en priorité sur les venins des espèces dangereuses pour l’homme. La fonction venimeuse de l’araignée est considérée comme une annexe du tube digestif comme une prédigestion externe, d’où la présence de neurotoxines (paralysant la proie) et d’enzymes (débutant la digestion). Les principales enzymes sont des hyaluronidases qui facilitent l’action des autres toxines, des protéases, des hydrolases et des esterases. Ces enzymes ont un pouvoir nécrosant très variable sur les mammifères. Chez l’homme, elles ne provoquent en général qu’une inflammation locale légère à l’exception du venin des Loxoscèles, dont le pouvoir nécrosant est dû à la présence de sphingomyélinases.

Les neurotoxines protéiques des araignées ne répondent à aucune structure commune (contrairement à celles des serpents qui se conforment à des modèles similaires en 3 dimensions). Elles sont donc très diverses. Leur masse molaire varie de 4 000 à 130 000 daltons. Les deux principales toxiques pour l’homme sont la robustoxine (chez Atrax Robustus) et l’ α-latrotoxine (chez Latodrectus). Elles agissent au niveau de la jonction-neuromusculaire en deux temps, provoquant d’abord une contracture puis une paralysie.

Le venin d’araignée contient d’autres neurotoxines comme des polyamines propres aux araignées. Ce sont des molécules à mode d’action particulières, actives chez les insectes mais sans effet chez les mammifères, ce qui les fait envisager comme des insecticides biologiques d’avenir.

Signes et symptômes


Morsure simple : il s’agit des cas les plus fréquents avec envenimation absente ou minime. Aranéisme neurotoxique : des crampes ou des contractures apparaissent selon l’allure clinique. L’envenimation peut ressembler à d’autres urgences telles qu’infarctus du myocarde, appendicite, péritonite, colique néphrétique, etc… La morsure peut entraîner la mort chez les enfants et les personnes âgées mais la mortalité générale est inférieure à un pour cent.

Aranéisme nécrosant : La morsure de la recluse brune (Loxosceles reclusa) qui vit dans le sud des USA est souvent indolore, mais elle entraîne rapidement des démangeaisons et une lésion en forme de cocarde tricolore grossière qui serait caractéristique. Centrée sur du bleu (thrombose) entouré de blanc (ischémie) puis de rouge (érythème). Certains sujets guérissent spontanément au bout de deux ou trois jours, tandis que chez d’autres, la lésion évolue en ulcère nécrosant parfois extensif pouvant atteindre l’étendue d’une main. La guérison spontanée est lente, jusqu’à plusieurs mois, mais le pronostic vital n’est pas en jeu.

Conséquences d’une morsure de Loxoscèles Laeta, espèce présente en Amérique du Sud : le venin détruit les globules rouges et entraîne une nécrose de la peau et des tissus avec la formation d’une croûte, des nausées, de la fièvre, des maux de tête, etc… Plus rarement, dans les 2 à 3 jours après la morsure, un état de choc peut survenir avec hémolyse, hémoglobinurie, ictère, fièvre, insuffisance rénale et troubles de la conscience. La mortalité est alors de 10 à 25%. Ce syndrome est imprévisible. Il semble n’être en fonction ni de l’âge du sujet, ni du site de la morsure, ni de l’importance des premiers symptômes.

Traitements

La zone mordue doit être désinfectée éventuellement avec application de vessie de glace en cas d’inflammation locale douloureuse. Selon les cas, un traitement antalgique, associé ou non à des benzodiazépines, peut être nécessaire.

L’aranéisme neurotoxique est traité par gloconate de calcium en perfusion en milieu hospitalier. En Australie, un antivenin spécifique est utilisé contre l’envenimation par Atrax robustus.

Le traitement de l’aranéisme nécrosant n’est pas codifié. Les thérapies les plus utilisées sont, entre autres, les antibiotiques, les corticoïdes, l’oxygènothérapiehyperbare, excision et greffes de peau selon l’évolution de l’ulcère nécrosant. L’utilisation de sérums anti-venin est controversée..